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Histoire et patrimoine

Histoire

D'où vient le nom de Bagneux ? Comment les premiers habitants se sont tournés vers la culture de la vigne, puis dans l'exploitation des carrières ? Quels sont les monuments importants construits par nos aïeux et les grands personnages de l'histoire qui y ont séjourné ? Mais aussi, quel est le rôle des archives municipales dans la conservation de ce patrimoine historique ? Autant de questions abordées dans cette rubrique.

Des historiens des XVIIe et XVIIIe siècles situent dans les langues celtiques ou germaniques l'origine du nom de Bagneux que lui aurait valu sa situation géographique. Ils pensent que le village de "Bannes" limitait le territoire soumis au "ban royal", à savoir la limite géographique à l'intérieur de laquelle le seigneur exerçait ses droits. Les contestataires latins penchent pour un héritage de la civilisation romaine et de ses fameux bains. Aucune trace d'établissement thermal n'a été découverte jusqu'à ce jour dans la commune. Toutefois, Bagneux possède plusieurs sources et diverses conduites d'eau ont été trouvées. Alors, ban ou bain? La question reste posée.

Après la conquête de la majeure partie de la Gaule et l'unification du peuple franc par Clovis, la dynastie des Mérovingiens cherche à se concilier l'Eglise en faisant preuve de libéralités à son égard. En contrepartie, celle-ci s'empresse de consacrer leurs conquêtes et leurs spoliations. Bagneux, qui jusqu'alors appartenait au domaine royal, est ainsi donné à l'évêque de Paris à la fin du Ve siècle ou au début du VIe.

A cette époque, Bagneux est en pleine transformation. Sur ses coteaux déboisés, on plante de la vigne et, rapidement, on s'aperçoit que la terre convient parfaitement à cette culture. Le vin de Bagneux devient célèbre. C'est en 829 que Bagneux apparaît pour la première fois dans un texte officiel. Au cours des siècles, le village se transforme grâce à deux activités : I'exploitation des carrières et le travail de la vigne. Durant sept siècles, des milliers de tonnes de pierres arrachées du sous-sol balnéolais alimentent les chantiers parisiens.

Comme les roues de carriers qui émaillaient encore le paysage au siècle dernier, les vignes ont disparu de l'horizon balnéolais. Seuls, des noms de rue témoignent de leur présence ancienne. En 1965, le père Moreau remplissait pour la dernière fois de raisins le pressoir de la rue Albert-Petit. La Fête des Vendanges, reprise depuis 1959 chaque automne, évoque la récolte du "jus divin" et les traditions bachiques.

Au regard de la carte dite "des Chasses", établie en 1773, la localité occupe, à cette époque, une superficie de 579 hectares. Au cours du XIXe siècle, les atteintes à l'intégrité du territoire soulèvent les protestations du conseil municipal. Désormais, la gare de Châtillon, la ligne de Sceaux (sans gare à Bagneux), la ligne de Chartres, mutilent ou enserrent l'ancien terroir. Dans le même temps, la population triple. Le village voit le nombre de ses habitants passer de 575 en 1801 à 1742 en 1899. L'industrie reste faible, mais les carrières de gypse et de pierre à bâtir, les briquèteries et les champignonnières prolifèrent. Les vignes régressent, mais l'arrivée des maraîchers à la fin du siècle attire une main d'œuvre extérieure.

A la fin du XIXe siècle, la croissance de la population parisienne et l'extension spatiale de la capitale sur sa périphérie aboutissent à un paysage composite où ville et campagne s'interpénètrent, donnant naissance à ce que l'on appellera "la banlieue". A Bagneux, le phénomène débute entre 1900 et 1920. La plupart des lotissements créés avant la Première Guerre mondiale sont petits et ne bouleversent pas encore quantitativement la population balnéolaise. Durant l'entre-deux-guerres, le mouvement des lotissements se systématise dans l'anarchie la plus totale.

Les premiers "pionniers" qui s'installent au début de cette grande vague vivront huit à dix ans sans rues, ni égout, ni eau courante, sans électricité et sans gaz domestique. Tous les terrains lotis connaissent le même type de problème, ce qui donnera naissance au grand mouvement des "mal-lotis". A partir de 1922, les résultats électoraux traduisent dans les communes - outre la conjoncture politique générale - toutes les raisons locales de mécontentement. Les mal-lotis apportent leurs voix au Parti communiste qui les soutient.

La seconde étape du développement urbain de la ville arrive avec la construction de la cité dite du Champ des Oiseaux. L'afflux brusque de 2500 personnes groupées dans un espace restreint bouleverse l'équilibre social et politique de Bagneux. C'est dans ce contexte que, le 12 mai 1935, la population balnéolaise accorde ses suffrages à un conseil municipal d'union démocratique composé de travailleurs. Albert Petit, militant ouvrier et communiste, est élu maire.            

Jusqu'à la Première Guerre mondiale, Bagneux n'est pas une ville industrielle. A côté des exploitations maraîchères, il n'existe que des petites et moyennes entreprises de brochage et d'imprimerie. Mais elle va participer aux grandes mutations qui se font jour avec le début de la révolution scientifique et technique. L'implantation de Thomson, en 1957, est, à ce point de vue, significative. En 1954, s'était installée l'entreprise Huré, fabrique de machines-outils et, plus, particulièrement de fraiseuses. Elle disparaîtra en 1987. Le CNET et le centre EDF accroissent leur potentiel et se hissent rapidement parmi les entreprises les plus importantes de la ville.

Cette densification industrielle pose le problème du logement. Le retard accumulé au début du siècle en matière de construction laisse disponible un grand nombre de terrains, circonstance qui va favoriser l'essor spectaculaire de la ville. Situés sur d'anciennes carrières, ces terrains ne sont pas chers. Leur prix et leur proximité de Paris attirent les promoteurs : durant les années 50 et 60, une quinzaine de sociétés investissent Bagneux, achètent des terrains et construisent des logements par milliers. A l'instar de toute la banlieue, Bagneux a subi et doit aujourd'hui encore assumer toutes les conséquences de cette urbanisation anarchique, où les villes ne pouvaient pas intervenir directement.           

Lorsque les cadres juridiques permettant une meilleure maîtrise de l'urbanisation de la ville arrivent, c'est dans une situation acquise. Le tissu urbain s'articule en fonction de deux types d'habitat : des immeubles de grande hauteur et les lotissements. Cependant, par le biais du Plan d'Occupation des Sols, la Ville tente de reprendre en main l'urbanisation de la commune. Les petits immeubles de faible hauteur pour les logements collectifs, les maisons de ville et l'ensemble des espaces "humanisent" le cadre de vie. Par chance, le centre ancien a été tenu en marge de l'urbanisation du XXe siècle. Ce quartier historique se trouve ainsi isolé des quartiers densément peuplés, quelque peu refermé sur lui-même par la trame tortueuse de ses rues qui l'enserrent autour de l'église, mais, de ce fait même, le préserve.

Quant à l'emploi, les fermetures d'entreprises et les restructurations imposèrent ces vingt dernières années une désindustrialisation certaine. Bien que ne pouvant pas intervenir directement, la Ville a mis en œuvre des projets comme la ZAC Garlande qui favorisent les extensions et l'implantation de nouvelles entreprises. De nombreuses entreprises balnéolaises travaillent dans des secteurs de pointe comme la recherche, l'électronique, I'ingénierie, l'informatique, employant du personnel spécialisé en haute technicité.

Nous sommes apparemment très loin des carriers, vignerons et autres maraîchers. Mais les Balnéolais de ces temps d'hier nous ont laissé des signes : un coin de vigne au détour d'un collège, le nom d'une rue ou un outil saugrenu découvert au fond d'un grenier. Des clins d'œil ! A nous de savoir regarder et apprendre à les découvrir.

D'après un texte de Madeleine FERNANDEZ, historienne.

Les armoiries de la ville sont aux trois quarts parlantes : "Ecartelé au premier et au quatrième, d'azur à la grappe de raisin d'or tigée, feuillée du même. Au deuxième, d'or, à trois chevrons de gueules (qui est de Richelieu). Au troisième, de gueules à six pierres d'argent, posées en fasce et en pyramide".

Elaborées avec la collaboration des Archives de France, elles ont été adoptées par le conseil municipal en 1951. Ces armoiries rappellent que Bagneux a été, pendant un millénaire, un pays de vignerons et de carriers. Les trois chevrons de gueules (rouge) sont ceux du ministre de Louis XIII qui eut un domaine à Bagneux, vraisemblablement un lieu de rendez-vous.

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